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Joseph LAMBERT (1950)

« Souvenirs d’enfance : les années 70, insouciantes, de vrais et longs étés, la rue principale du village, animée autour de ses commerces. Pleine de vie, d’histoires du quotidien…

Brouhaha d’enfants jouant dans la rue le soir venu, quand les voitures se font plus rares sur la nationale 68.

Les adultes prennent un peu le frais, ils ont installé des chaises de cuisine sur les trottoirs.

Joseph, c’est le fils du cordonnier et moi j’habite en face, un peu en contrebas, à côté de l’épicerie. Chaque jour je vois descendre un jeune homme bourru avec sa grosse besace de cuir où trônent la boîte à tartines métallique et la bouteille thermos.

Joseph prend le bus pour Vielsalm. En ronchonnant ou en sifflant, il va travailler à l’atelier protégé.

On m’a dit qu’il n’est pas vraiment comme tous les autres voisins mais pour moi c’est un ouvrier fier et solide. L’image est restée intacte.

Quelle ne fut donc pas ma surprise, bien des années plus tard, de voir arriver, ronchonnant toujours entre ses dents, mon voisin d’enfance !

A l’atelier protégé, les années 90 ont été dures pour les ouvriers de la première heure et Joseph de se retrouver au centre de jour…

Joseph veut raconter sa vie, il entre à l’atelier peinture et remplit de grandes feuilles d’une écriture nouvelle…

La musique de Joseph, jusqu’alors coincée entre ses dents, s’étale à présent pleine de ronchonnements devant nos yeux ébahis… »

Anne-F Rouche

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Joseph Lambert écrit des choses au kilomètre, des signes qui se répondent dans le geste de leur genèse et qui forment des générations colorées. Des signes qui s’accrochent les uns aux autres pour former une phrase visuelle – nous sommes dans le domaine du signifiant comme l’on disait au siècle dernier –, phrase qui forme une strate, une couche géologique dans la glaise du texte. Comme si le paysage s’arpentait tout en s’enroulant, en son tortillon. Comme si ces plages de mots inédits mesuraient le temps en son sable émietté. Texte, texture, textile, tricot de mots, car ce temps il faut bien le passer, et chaudement vêtu encore, pour échapper aux froidures du vide. Joseph Lambert écrit mais pratique également, et avec les mêmes procédés, la sculpture sur bois – ou plutôt la sculpture avec du bois. Morceaux de planches, de lambris, de lattes, morceaux avec lesquels il recouvre des structures grâce à des clous à foison – il n’est pas avare en la matière. Il en fait des guéridons, des mange-debout, des banquettes, un bar, tout un mobilier clouté, puzzle de bois, menuiserie conçue sans plans sur la comète. Joseph Lambert met bout à bout, mot à mot, refuse de jeter ce qui peut encore créer. Il caparaçonne de sens une humanité qui pourrait faire naufrage, si elle n’inventait à chaque fois d’autres idées avec les idées dont elle voulait auparavant se débarrasser. Joseph Lambert développerait-il, avec les moyens du bord, une forme artistique, donc vitale, d’écologie ?

François Liénard