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Lucas GERBINET (0000)

Lucas GERBINET Par-dessus tout (all over) !

Au fond, elle est mélancolique cette éternité de l’homme par les astres et plus triste encore cette séquestration des mondes-frères par l’inexorable barrière de l’espace. Tant de populations identiques qui passent sans avoir soupçonné leur mutuelle existence !

Auguste Blanqui « L’éternité par les astres » 1871

Ce qui se dégage des surfaces densément animées par Lucas GERBINET, c’est un sentiment de totalité, une conception de l’espace qui dépasse largement le champ unique de la feuille couverte. Alors que des courbes acérées s’y multiplient et s’y succèdent abondamment avec une intensité et une vitesse qui semblent complètement dégagées de tout processus d’identification ; elles laissent au final transparaître un souffle d’énergies vitales dont Lucas GERBINET serait à lui seul le canal. S’il intervient parfois, par infortune, lorsqu’on ne lui a pas encore confié de feuille de papier, sur les dessins de ses voisins de table, l’auteur de ces dessins révèle par cette simple anecdote que ses interventions dépassent largement le territoire balisé d’une identité graphique exhibée sur le papier, pour plutôt conquérir un espace en expansion. Avec ses dessins, Lucas GERBINET propulse ses intentions bien au-delà de l’art.

Et de fait, ces all-over au bic bleu, noir ou rouge, tels la mouvance de nuées d’étourneaux dans les airs, ont un corps expansif constitué d’une infinité de sources qui semblent simultanées, loin d’un sujet central. Comme ces nuées, tous ces traits denses qui se répètent et se chevauchent engendrent des sentiments mouvants : tantôt la crainte, l’opacité impénétrable, tantôt des envols simultanés, des profondeurs, des traversées. Mais ce qui dénote par-dessus tout dans les dessins de Lucas GERBINET, et qu’il ne faudrait pas oublier, c’est que cette écriture plein champ nous fait justement quitter l’orbite d’une intentionnalité primaire (celle d’un auteur dont l’attention serait portée vers la réception et l’interprétation de ses dessins par ses spectateurs). L’identification se volatilise en mille et un traits animés. Quittant cette notion de centre, l’auteur ne semble pas se demander ce que vous y voyez, ou ce que vous y ressentez. Tout semble ici se muer dans des univers à tout jamais parallèles. Et si l’on décèle l’anima du dessinateur d’une part, et le souffle du spectateur d’autre part, tous deux sont voués à cohabiter dans un univers commun sans jamais se soucier à outre mesure de leur mutuelle existence, partageant seulement un espace expansif commun qui se révèle justement sur la surface de ces feuilles de papier.

Annabelle DUPRET Juin 2018