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Pascal CORNELIS (1963)

Pascal Cornélis fréquente les ateliers de La « S » Grand Atelier (CEC La Hesse) depuis 2007. Ses débuts ont été un peu tâtonnants et il a fallu un certain temps avant de trouver des pistes pour que son travail puisse se développer pleinement. Aujourd’hui, Pascal Cornélis oriente son œuvre vers deux axes techniques ; le premier, la peinture, lui permet d’aborder la couleur dans des portraits frontaux aux traits assez violents et paradoxalement d’une maladresse maîtrisée! Le traitement de la peinture laisse apparaître des nuances dues à l’estompage des couleurs qui se fondent l’une dans l’autre.

Le second axe, la linogravure, permet à l’artiste d’exploiter son art du portrait d’une manière plus direct. La violence du trait exprimé dans la peinture se retrouve ici dans son utilisation de la gouge. Le linoleum est enlevé de manière vive ce qui, à l’impression, donne des résultats d’une grande force qui n’est pas sans rappeler les gravures expressionnistes.

Sourd et muet, Pascal réussit le défi d’une communication sensible et constructive avec son entourage et en particulier les animateurs des ateliers.

Expressif. C’est le mot qui est venu tout de suite à l’esprit en feuilletant la farde de dessins de Pascal Cornélis. Mais on n’a encore rien dit, pas plus que si l’on ajoutait qu’il dessine toujours des personnages, le plus souvent en buste, parfois en pied. Après restent des impressions, qui n’auront de valeur qu’à la lecture d’un seul lecteur. A y regarder de plus près, des atmosphères sont au charbon, d’autres badigeonnées du lait mauve d’un bonbon, un faciès nous surprend par sa fureur, un visage nous retient par son sourire. Les dessins de Pascal Cornélis ne sont pas d’humeur égale comme le temps est rarement au beau fixe, peut-être que tout son art est davantage une leçon de couleurs. Un vert avocat qui illumine un grège, un rouge sang qui contamine un beurre frais, un violet pâle (un peu tourterelle) qui ravive un terre de Sienne (un peu bourgogne). Et en ce Pays des Couleurs, trois personnages sortis de nulle part se congratulent, habillés de carmin, de poil de chameau et de moutarde. Le ciel est d’un inimitable vert émeraude qui se nourrit, à certaines hauteurs, d’absinthe. Peu importe la météo, il fait beau, c’est une certitude.

François Liénard

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« Danses » & embrasements de Pascal CORNELIS

« Oui, je sais bien d’où je viens ! Inassouvi, comme la flamme, J’arde pour me consumer. Ce que je tiens devient lumière, Charbon ce que je délaisse : Car je suis flamme assurément ! »

Friedrich Nietzsche Le Gai Savoir

La série des Danses de Pascal Cornelis laisse entrevoir un esprit dont la liberté adopte le saut, la musique, et l'ardeur d'une flamme qui virevolte dans les airs pour ainsi se consumer, toucher la lumière de l'instant, en délaissant déjà ce qui n'est plus feu, et en s'engageant dans l'air telle une quadrille dont la partition se dessine au fil des pas. De manière surprenante, et à bien y regarder, Pascal Cornelis ne laisse rien non plus au hasard, car l'accident y est toujours également l'occasion d'un nouveau saut, qui a ses destinées. En effet, de la vibration de ses traits anfractueux tels des filaments qui dessinent un instant des formes, pour ensuite en rejoindre d'autres, ne reflètent que l'ardeur d'un auteur qui traduit et retranscrit ces mouvements (une maladresse apparente qui tient plutôt à son inclination à se porter sur le mouvement), tel un medium qui se mettrait à la disposition de forces élémentaires pour en être un vecteur vivant et un canal humain, toujours au plus près de toutes ces variations. Et de fait, la vibration des traits reflète une vitesse (apparente) épousant pourtant tout en nuances les sauts et les révérences qu'occasionnent des masses graphiques aux encrages volatilisés dans les airs, eux-mêmes tout en densité et en légèreté à la fois. En déplaçant leurs centres de gravité graphiques pour les suspendre dans le vide, Pascal Cornelis crée des compositions mobiles où les sujets sont déjà ailleurs. Là où la ligne du sol disparaît, naissent déjà des élancements traçant, le temps d'un instant, des lignes valsant dans l'entre deux.

Quelle origine trouver à cette série inouïe de Danses ? Certainement aussi mystérieuse que la création d'un sujet et son authenticité à exercer sur le papier ce que lui insuffle la vie, il y a également un contexte et des pratiques qui ont donné raison à toutes les résonances personnelles et graphiques de Pascal Cornelis. Et, s'il y a autant de raisons que d'individus, c'est aussi grâce aux dispositions d'un atelier (La S Grand Atelier, Vielsalm, BE) à lui proposer les sujets et les supports les plus propices à ses feux. Les raisons de Pascal Cornelis ont trouvé droit de cité sur le papier, à travers cette série enivrante (autant pour lui que pour nous), entre autres parce qu'elle lui a été proposée dans les ateliers par le biais de la technique du transfert : le transfert, technique qui ose mêler en son double sens celui de l'amour (« De l'amour qui s'adresse à du savoir », Jacques Lacan1) autant que celui d'une technique de reproduction (une impression simultanée monotype qui reproduit une image sur un autre support tout en reportant sur cette copie l'intervention de l'artiste).

Cette technique, adoptée par Pascal Cornelis dans sa série Danses, est à la fois très élaborée (Pascal Cornelis y transcrit des nuances de tonalités et des tracés infiniment variés dans leurs déliés), et en même temps très simple dans son approche : elle est réalisée ici à partir d'une image source (des séries de scènes de danse), d’une simple feuille encrée, et d'un nouveau support pour la reproduction (où l'intervention de l'artiste apparaît). Alors que Pascal Cornelis dessine sur l'image source, une reproduction à l’encre d’imprimerie de son propre dessin s’imprime sur la feuille par le transfert de l’encre. Ce processus se situe à la rencontre des aspirations d'un artiste dont les premiers médias sont l'expression spontanée et le dessin (« Sourd et muet, Pascal réussit le défi d’une communication sensible et constructive avec son entourage et en particulier avec les animateurs des ateliers », selon les propos d'Anne-Françoise Rouche), et des inspirations provenant de l'atelier (qui peut ainsi trouver le sujet révélant son souffle graphique). Par le transfert, les Danses se situent donc à un point de rencontre insaisissable entre l'atelier, et toutes les variations des tracés embrasés de Pascal Cornelis traduisant au vol les sauts et les soubresauts de ces corps volatilisés dans les airs.

Annabelle Dupret Septembre 2017

« La vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil. » Friedrich Nietzsche